Panneaux biosourcés, bâtiments démontables, isolants en plastique recyclé : l'architecture de demain sera éco-responsable

L’architecte bordelais Julien Vincent, cofondateur de l’agence Why architecture, fait le point sur les prochains défis environnementaux du secteur du bâtiment. 

 

Pour lutter contre le changement climatique et réduire les émissions de gaz à effet de serre, une transformation profonde s’impose dans la construction, le secteur économique le plus énergivore du pays. Si une nouvelle réglementation environnementale des bâtiments neufs, la RE2020, entrera en vigueur dans l’année pour réduire la consommation d’énergie et les émissions de CO2 du secteur, les architectes explorent déjà depuis quelque temps des solutions techniques innovantes permettant d’allier écologie et construction. Nous en avons discuté avec Julien Vincent, cofondateur de l’agence Why architecture

Le secteur du bâtiment consomme 44 % de l’énergie nationale et est responsable d’au moins 25 % des émissions de CO2. Le changement climatique associé est-il finalement devenu un vrai sujet pour les acteurs de la construction ?

D’après un sondage commandé par l’Ordre des Architectes en 2020, le changement climatique est le premier enjeu d’avenir pour 8 architectes français sur 10. Pour appliquer la RE2020, même les consœurs et les confrères qui ne sont pas attachés à l’environnement vont devoir faire des choix écologiques. Le discours est, en revanche, beaucoup plus compliqué pour des constructeurs et des entreprises du bâtiment, qui sont plus dans une logique de rentabilité à court terme et d’habitudes.

Qui, parmi les particuliers, les promoteurs immobiliers, les investisseurs et le secteur public, est le plus sensible aux thématiques environnementales ?

Les particuliers. Ils se posent beaucoup de questions, veulent connaître l’origine des produits et apprécient réellement le fait de pouvoir contribuer à sauvegarder l’environnement en soutenant en même temps des entreprises locales.

Est-il possible de respecter l’environnement en utilisant des produits de construction industriels ?

Les architectes engagés pour la transition écologique ont tendance à s’éloigner de l’industrie pour travailler avec des structures locales à taille humaine. Nous avons de plus en plus besoin de connaître les histoires cachées derrière les produits que nous utilisons, leur conception, leur origine, leur mode de production. Je connais par exemple la dirigeante d’une petite entreprise familiale, qui a créé un isolant à partir de bouteilles d’eau en plastique : un produit qui permet de réutiliser intelligemment un matériel que, hélas, nous ne sommes pas encore prêts à abandonner totalement. À parité de performances, son histoire me donne envie d’utiliser et de promouvoir son produit plutôt qu’un isolant de fabrication industrielle.

Existe-t-il des solutions plus naturelles pour réduire le bilan carbone de la construction ?

Dans un avenir très proche, les panneaux de bois composite pourraient remplacer les plaques de plâtre pour réaliser des cloisons. Les placo émettent du CO2 à la fabrication. Récemment, nous avons réussi la rénovation d’une ferme sans placo, en utilisant des panneaux MDF clipsables, produits en Belgique. Ce type de panneaux permet de réintervenir plus tard, faire passer de nouveaux réseaux, réisoler ou réparer s’il y a par exemple un dégât des eaux. S’ils étaient produits en France avec des matériaux totalement biosourcés, ils seraient une excellente alternative écologique aux plaques de plâtre.

Si vous deviez nous indiquer une nouvelle tendance dans la construction, ce serait laquelle ? 

Je crois beaucoup aux bâtiments démontables. C’est un secteur marginal aujourd’hui, mais sur lequel nous travaillons déjà et qui pourrait se développer dans les années à venir. Je trouve cette démarche importante dans un monde qui se veut résilient.